En France, le nombre des cyberattaques contre les entreprises et les administrations les plus sensibles a été multiplié par quatre l’an dernier. Depuis le début de l’année, les attaques informatiques sont hebdomadaires contre des hôpitaux par ailleurs mobilisés pour soigner les malades de l’épidémie de Covid-19. C’est dans ce contexte anxiogène qu’Emmanuel Macron a présenté en début d’année un plan à 1 milliard d’euros d’ici à 2025 visant à renforcer la cybersécurité du pays.

A l’issue d’un échange en visioconférence avec les équipes des centres hospitaliers de Dax (Landes) et de Villefranche-sur-Saone (Rhône) touchés ces derniers jours, le président de la République a détaillé une stratégie financée pour moitié par l’Etat et pour moitié par les acteurs privés du secteur.

Les objectifs sont ambitieux : ces aides doivent permettre à la filière française d’accélérer, de réaliser un chiffre d’affaires de 25 milliards en 2025 au lieu de 7,3 milliards en 2019, de doubler ses effectifs alors que les professionnels peinent aujourd’hui à recruter des profils compétents. Et aussi de faire grandir trois start-up françaises au rang de licornes valorisées plus de 1 milliard chacune.

 

500 millions d’euros pour la R&D de la cybersécurité

« Une des meilleures façons de se protéger est d’avoir à disposition des acteurs de la sécurité sur le sol français », justifie-t-on à l’Elysée. En croissance de 10 % par an depuis cinq ans d’après le Palais, le secteur de la cybersécurité en France est pour l’instant jugé trop faible pour lutter à armes égales sur le marché face aux technologies américaines et israéliennes.

Comme ce fut déjà le cas pour les stratégies nationales concernant l’intelligence artificielle et le quantique, l’essentiel de l’effort financier (515 millions) sera dirigé vers des travaux de recherche et développement. « Il faut résorber les trous dans la raquette qui subsistent en France, pointe Jean-Noël de Galzain, le président du consortium d’entreprise Hexatrust. Il manque notamment une solution souveraine de protection des ordinateurs et des smartphones. »

Près de 150 millions seront par ailleurs consacrés à dynamiser l’écosystème français pour favoriser une meilleure collaboration entre les différents acteurs, notamment à travers la création à La Défense d’un cybercampus d’entreprises. Aussi l’Etat prendra environ 200 millions d’euros du plan d’investissement d’avenir pour les distribuer en fonds propres aux start-up.

Bientôt des « pompiers » cyber en région

Cheville centrale du dispositif, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) se verra confier un budget de 136 millions d’euros pour renforcer la sécurité des services publics, en premier lieu les hôpitaux et les collectivités locales elles aussi régulièrement paralysées par des logiciels malveillants de type rançongiciel. Cette somme servira à établir un diagnostic pour évaluer le risque d’incendie informatique et à recruter et former des agents publics en région qui feront office de « pompiers locaux » en cas d’attaque. Dans les hôpitaux, le budget dédié à la cybersécurité devrait augmenter de 350 millions d’euros, en tenant compte des financements pour le numérique déjà prévus par le Ségur de la Santé.

 

De l’Elysée au secrétariat d’Etat à la Transition numérique, qui lancera des campagnes de communication autour des bonnes pratiques, rebaptisées « gestes barrières », pour éviter les attaques informatiques (renouvellement des mots de passe, installation des mises à jour de sécurité…), on souligne l’urgence de faire face à une menace qui grandit partout dans le monde.

« On pourrait penser que c’est lié à la pandémie, en réalité nous sommes face à une situation où les risques sont multipliés alors que les cybercriminels ont industrialisé leur mode opératoire », analyse-t-on à l’Elysée. Par conséquent, une large partie de l’enveloppe allouée a vocation à être consommée dès cette année.

 

 

Source : Les Echos, Florian Dèbes